A Judge Warns: France Should Prepare for Civil War

Brussels Journal, December 5, 2007

A quote from the French judge, Jean de Maillard (Vice-president of the Superior Court of Orléans, and a professor at the Institute of Political Science in Paris), 28 November 2007 [here is an English translation]:

When two schools, a library, a police station, a garage and several other buildings on a list already forgotten are set on fire, not to mention dozens of vehicles each day, we are used to it. It has become almost a routine.

However, the second night of Villiers-le-Bel marks an escalation that the media and the government would probably prefer to hush up, but which may be the start of a new stage: the use of firearms. In truth, the surprise is not that the rioters began to use them, but first, that they hadn’t done it sooner . . . and second, that they are still confining themselves to hunting rifles and lead shot. The suburbs however have been armed for a long time with caches of quality war weapons, lethal weapons, against which the bullet-proof vests will be useless.

In other words the situation is explosive in both meanings of the word. It seems that from one riot to the next the techniques harden, the methods become more professional and the police and gendarmes will soon have to confront, if they have not already, experts in urban guerilla warfare. . . .

I am convinced that up until now we have been lucky that the thugs and future murderers in the suburbs have not yet dared to use their fire power. I hope that the public authorities will become aware of the imminence of calamity and especially that they will finally seek solutions. I would not like to be in their shoes, for the margin of maneuverability, if there is one, will be very narrow. Yes, the perpetrators must be mercilessly punished. But repression, in the long term, solves nothing.

And people must stop dreaming, those on the Left and the others: neighborhood police are not a panacea either. You cannot graft an ethnic police force [“police communautaire”] on a society that is this sick and torn apart, in which the members are in open rebellion against society. Police are a means, not a solution. Educators will not be useful either: you cannot cure cancer with a placebo. To shower the caids [a type of governorship, originally found in North Africa and Moorish Spain] with subsidies to buy armed peace will be the chosen way: it will provide only a short respite. Is there another solution? I don’t know, and I am very happy not to be in government.

[The original French text follows.]


J’avoue que je n’aimerais pas être aujourd’hui au gouvernement. Ni d’ailleurs habiter Villiers-le-Bel. Ni moins encore être CRS. Je crains en effet que les nuits d’émeutes de Clichy-sous-Bois, il y a deux ans, ne soient que le hors-d’oeuvre de ce que nous allons déguster dans les temps prochains.

Je ne cherche pas à mettre de l’huile sur le feu, de toute façon ces lignes n’ont heureusement aucune chance d’être lues dans le 9-3 et autres cités dont notre belle France a parsemé ses paysages sub-urbains. Mais je crois qu’il va falloir quand même appeler un chat un chat. Qu’on incendie deux écoles, une bibliothèque, un commissariat, un garage et quelques autres bâtiments dont la liste est déjà oubliée, outre quelques dizaines de véhicules par jour, nous y étions habitués. C’est devenu presque une routine.

En revanche, la seconde nuit de Villiers-le-Bel marque une escalade dont les médias et le gouvernement ne voudront sans doute pas faire la publicité, mais qui risque d’être le point de départ d’une nouvelle étape: l’utilisation des armes à feu. A vrai dire, la surprise n’est pas que les émeutiers commencent à les sortir, mais d’une part qu’ils ne l’aient pas fait auparavant (à part un essai passé presque sous silence il y a deux ans) et d’autre part qu’ils se contentent encore de fusils de chasse et de pétoires à grenaille. Car les banlieues sont armées depuis longtemps et les caches contiennent de belles armes de guerre, bien mortelles comme il faut, auxquelles les gilets pare-balles de dotation ne résisteront pas.

Autant dire que la situation est explosive dans tous les sens du terme. Il semble que, d’émeute en émeute, les techniques se durcissent, les méthodes se professionnalisent et que les policiers et gendarmes devront très prochainement affronter, si ce n’est déjà le cas, des experts en guérilla urbaine qui n’auront aucun scrupule à faire usage de leurs armes contre les forces de l’ordre. Avec les conséquences qu’hélas on imagine. ( . . .)

Le problème est, une fois de plus, qu’on aura attendu au-delà du dernier moment pour affronter une réalité devenue ingérable. Depuis des années, on a démobilisé la justice et on lui a ôté ses moyens: il paraissait plus utile de la confiner aux excès de vitesse et aux violences conjugales (Outreau a mis un frein à une autre de ses prédilections: les agressions sexuelles intrafamiliales) que de la voir s’occuper des grandes délinquances qui érodent irrémédiablement mais insensiblement notre société. Aujourd’hui, les trafics en tous genres fleurissent sous le nez de policiers et de juges consternés, qui comptent les coups et relèvent les morts après les règlements de comptes. Là, les kalachnikovs et les 38 spécial sont entre les mains des voyous, qui ne s’en servaient qu’entre eux jusqu’à présent, mais qui s’en soucie?

Si, quand même: la ministre de l’Intérieur vient de créer un fichier national des armes à feu. Quand il fonctionnera, on aura une centralisation des armes détenues par les personnes qui disposent d’une autorisation. Pour celles qui sont dans les caves des cités, il faudra encore attendre. A moins qu’elles ne soient déjà sorties d’elles-mêmes et que l’irrémédiable ne soit commis.

Je crois que ce que je vais dire va choquer, et je ne le fais pas de gaieté de cœur, ni par provocation, car l’heure me semble grave. Mais je suis persuadé que nous avons encore eu de la chance jusqu’à présent, que les voyous et futurs tueurs des banlieues n’aient pas encore osé faire usage de leur puissance de feu. J’espère que les pouvoirs publics prendront conscience de l’imminence des drames et surtout qu’ils chercheront enfin des solutions. Je ne voudrais pas être à leur place, car la marge de manœuvre, s’il en existe une, sera étroite. Certes, il faudra impitoyablement châtier, si on les arrête, les auteurs de ces événements. Mais la répression ne résout rien à long terme.

Et il faut aussi cesser de rêver, à gauche et ailleurs: la police de proximité n’est pas non plus la panacée, car on ne greffe pas une police communautaire sur une société à ce point malade et éclatée, dont ses membres sont en rébellion ouverte avec la société. La police est un moyen, pas une solution. Les éducateurs ne seront pas plus utiles: on ne guérit pas le cancer avec un placebo. Arroser les caïds avec des subventions pour acheter la paix armée sera peut-être la voie choisie: elle ne nous donnerait qu’un court répit. Reste-t-il une autre solution? Je l’ignore, et je suis bien content de ne pas être au gouvernement

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